Passeport numérique des produits de construction et BIM : comment DPP et les données du bâtiment s’articulent

Le nouveau règlement sur les produits de construction relie le passeport numérique des produits au BIM. Ce que les fabricants doivent savoir sur les données ouvertes, les rôles et la disponibilité à长?

par QR3 Redaktion

Passeport numérique des produits de construction et BIM : comment DPP et les données du bâtiment s’articulent

Le nouveau règlement sur les produits de construction (UE) 2024/3110 crée un système propre de passeports numériques des produits dans le secteur de la construction. Il doit être interopérable avec le ESPR-DPP, sans pour autant ralentir le Building Information Modelling. Pour les fabricants, il ne s’agit donc pas de créer une deuxième archive PDF, mais un pont de données reliant le modèle du produit au bâtiment, puis à sa déconstruction.

Un système DPP lié au bâtiment

L’article 75 charge la Commission européenne de mettre en place, par voie d’actes délégués, le système de passeports pour les produits de construction. Ce système doit s’appuyer sur le DPP horizontal prévu par la ESPR, tout en tenant compte des particularités des produits de construction.

C’est essentiel, car un produit de construction s’intègre généralement dans un ensemble destiné à durer. Une fenêtre, un matériau isolant ou un élément préfabriqué est planifié, livré, installé, entretenu, éventuellement démonté, puis réutilisé. Les informations relatives au produit doivent donc rester exploitables non seulement lors de la vente, mais aussi dans les données de planification et du bâtiment.

Dans sa DPP-chronologie, la Commission indique que les exigences concernant les produits de construction et les prestataires de services DPP constituent la prochaine étape prévue au deuxième trimestre 2027. Les règles détaillées sont donc encore en cours d’élaboration. L’architecture fondamentale est toutefois déjà inscrite dans le règlement.

Les informations mises en relation par le passeport

L’article 76 prévoit notamment les contenus suivants :

  • déclaration des performances et de la conformité,
  • informations générales sur le produit ainsi que consignes d’utilisation et de sécurité,
  • documentation technique,
  • marquage obligatoire,
  • identifiants uniques,
  • documents relevant d’une autre législation applicable de l’UE,
  • supports de données des composants importants, lorsque ceux-ci disposent eux-mêmes d’un DPP.

Le passeport correspond en principe au type de produit et à son identifiant unique. Les informations doivent être correctes, complètes et à jour. Les différents acteurs disposent de droits d’accès distincts et peuvent, selon leur rôle, saisir ou actualiser des informations.

DPP et le BIM remplissent des fonctions différentes

Un modèle BIM décrit le bâtiment et ses composants dans le contexte du projet. Le DPP décrit le produit et les données pertinentes sur le plan réglementaire tout au long de son cycle de vie. Les deux systèmes devraient se référencer, sans se recopier mutuellement.

Un modèle pratique pourrait être le suivant :

  1. Le fabricant attribue un identifiant de produit persistant.
  2. Le DPP fournit les données faisant foi sur le produit et sa conformité.
  3. L’objet BIM enregistre l’identifiant et les informations d’installation propres au projet.
  4. Les modifications apportées au passeport du produit restent accessibles via la même référence.
  5. Lors de la déconstruction, le composant peut être de nouveau associé à son type de produit et aux données pertinentes.

Quiconque copie des dossiers techniques complets dans chaque modèle BIM crée des versions obsolètes. Quiconque enregistre uniquement un lien web sans identifiant stable risque de perdre ce lien. La solution robuste consiste à utiliser une référence durable et lisible par machine, avec une gouvernance claire des données.

Des standards ouverts et l’absence de dépendance à un fournisseur

L’article 77 impose des standards ouverts, des formats interopérables ainsi que des données lisibles par machine, structurées, interrogeables et transférables. L’article 78 ajoute des exigences en matière de sécurité, de protection des données, d’intégrité et de protection des secrets d’affaires.

Pour l’acquisition d’un service DPP, les fabricants de produits de construction devraient donc au minimum vérifier les points suivants :

  • Toutes les données et associations d’identifiants peuvent-elles être exportées ?
  • Les URL et les identifiants restent-ils stables en cas de changement de fournisseur ?
  • Existe-t-il des API documentées et des formats de données ouverts ?
  • Est-il possible de distinguer les accès publics, liés au projet et administratifs ?
  • Comment les modifications sont-elles versionnées de manière traçable ?
  • Quelle sauvegarde s’applique en cas d’insolvabilité ou de cessation d’activité ?

Le règlement interdit en outre aux prestataires de vendre, de réutiliser ou de traiter les données DPP stockées au-delà de l’hébergement ou du traitement nécessaires, sauf accord explicite de l’opérateur économique.

Une disponibilité de longue durée qui modifie le choix du système

Les produits de construction restent en service pendant des décennies. Le règlement sur les produits de construction exige que le système reste accessible pendant 25 ans après la mise sur le marché du dernier produit d’un type donné ; l’opérateur économique doit mettre le passeport à disposition pendant au moins dix ans. Les modalités concrètes seront définies dans le système DPP.

Ces horizons temporels dépassent la durée habituelle des contrats logiciels. Une entreprise a donc besoin :

  • de données et de supports portables,
  • de transferts de responsabilité documentés,
  • d’une sauvegarde indépendante,
  • de domaines et d’identifiants durables,
  • d’une procédure pour les modifications de produits, les successeurs et les fins de commercialisation.

Le fonctionnement ne doit pas dépendre du compte d’un seul employé ni d’un contrat de courte durée non transférable.

Les rôles au cours du cycle de vie du bâtiment

Les fabricants, mandataires, importateurs et distributeurs ont des obligations différentes de celles des concepteurs, maîtres d’ouvrage, exécutants, entreprises de dépose ou autorités. Le futur système devra définir qui peut voir quelles informations et qui est autorisé à les modifier.

Un fabricant devrait intégrer ces rôles dès la conception du modèle de données. Les données publiques de performance ne doivent pas emprunter le même canal d’accès que les dossiers techniques confidentiels. Une entreprise de déconstruction a besoin d’informations différentes de celles d’une autorité de surveillance du marché. Les vues fondées sur les rôles doivent néanmoins renvoyer au même identifiant de produit.

Ce que les fabricants peuvent préparer dès maintenant

  • Modéliser clairement les types de produits, les variantes et les composants importants.
  • Convertir les données de performance et de conformité des PDF en champs structurés.
  • Définir une référence stable entre le référentiel produit, le DPP et l’objet BIM.
  • Esquisser les rôles d’accès pour les concepteurs, les clients, les autorités et la déconstruction.
  • Rendre obligatoires l’exportation, l’API, la sauvegarde et le changement de fournisseur dans les achats.
  • Réaliser un projet pilote avec un produit composé de plusieurs éléments pertinents au regard de DPP.

Le passeport numérique des produits de construction prend toute sa valeur lorsqu’il ne s’arrête pas aux portes de l’usine. Le règlement fixe une orientation claire : des données ouvertes, une identité durable, des accès différenciés et une compatibilité avec le BIM. Les entreprises peuvent mettre en œuvre ces principes avant même l’adoption de tous les actes d’exécution détaillés.

Sources